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| Fibres optiques |
La conférence internationale sur les télécommunications qui s'est tenue lundi à Kigali au Rwanda a mis en exergue les "insuffisances flagrantes" en termes de connexions Internet dont souffre l'Afrique.
Selon les chiffres de l'Union internationale des télécommunications (UIT), moins de 4 % des Africains ont accès au Net, la pénétration du haut débit est inférieure à 1 %, et 70 % du trafic est réacheminé à l'extérieur du continent. Ce qui implique des coûts de bande passante importants et, par conséquent, "un surcoût pour les entreprises", souligne l'UIT. En pénalisant ainsi les entreprises, la faiblesse des connexions Internet aurait un impact négatif sur la croissance africaine.
"Bien sûr que le fossé existant en matière de nouvelles technologies entre le Nord et le Sud freine les entreprises et les empêche de se délocaliser dans les pays en voie de développement", analyse Pierre Fabre, ingénieur en charge des nouvelles technologies au sein de l'Agence française de développement (AFD). "Mais le problème peut aussi s'envisager de manière humaniste : le retard pris par certains pays est renforcé par l'accès limité à la connaissance. Or, Internet est un formidable outil de capitalisation et de transmission de connaissances."
Tous les pays du continent ne sont pas logés à la même enseigne. Le Maghreb ou l'Afrique du Sud disposent par exemple de meilleures infrastructures. Et de manière générale, l'UIT se félicite de la "spectaculaire augmentation" des investissements en faveur des technologies de l'information. Mais les participants à la conférence tablent sur 300 millions de dollars (214 millions d'euros) nécessaires pour garantir à tous un accès à Internet d'ici 2012. Un objectif qui ne pourra pas être tenu sans l'implication du secteur privé.
Des projets actuellement en cours, l'AFD souligne l'importance de l'EASSY (Eastern Africa Submarin System), un réseau de câbles sous-marins le long de la côte est africaine, depuis l'Afrique du Sud jusqu'au Soudan. Soit 9 900 kilomètres de fibre optique. Projet qui, à l'initiative du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique, associe notamment l'AFD, son homologue allemand, la Banque mondiale, la Banque européenne et la Banque africaine du développement. À hauteur de 230 millions de dollars, l'EASSY devrait arriver à terme début 2009. "Concrètement, cela permettra de diviser par cinq ou dix le prix d'un abonnement Internet", estime Pierre Fabre. Ce qui n'est pas anodin lorsque l'on sait que la Banque mondiale estime que l'Afrique détient le record mondial du coût d'une liaison Internet : les tarifs mensuels peuvent atteindre de 250 à 300 dollars.
"Les technologies de l'information et de la communication sont considérées comme un moyen extraordinaire pour faire gagner du temps à l'Afrique. C'est ce qu'on appelle le leap frog , le saut de grenouille, soit le fait de passer par-dessus des étapes intermédiaires. Mais il y a des limites", tempère Pierre Fabre en soulignant que le premier des objectifs est de développer les infrastructures à l'intérieur des terres en matière de téléphonie mobile. Car lors de la conférence, les participants se sont félicités du taux de croissance significatif de ce secteur : 16 millions d'abonnés en 2000 pour 135 millions en 2005. "Or, si dans les années 1990, le marché du téléphone mobile s'est développé à vitesse grand V en Afrique, il s'agit surtout des grandes villes. Les opérateurs privés ont écrémé le marché mais le continent n'est pas équipé de réseau interrégional, entre pays. Avant de donner un accès Internet aux zones les plus reculées, les bailleurs de fonds devraient déjà se préoccuper de la téléphonie mobile." Ce sont les limites du leap frog.
Le Point.fr