Mortalité élevée, absence de traitement, symptômes effrayants: mondialement connue, la fièvre hémorragique Ebola n'a pourtant fait "que" 600 morts en 40 ans mais elle présente tous les ingrédients pour alimenter peurs, rumeurs ainsi que films hollywoodiens et livres à succès.
"D'autres maladies comme le choléra ou le paludisme tuent plus en une journée qu'Ebola (depuis sa découverte dans les années 1970). Mais, partout, les gens la connaissent", souligne Thomas Geisbert, chercheur travaillant pour l'armée américaine, présent à Libreville pour le 4e congrès international sur les virus Ebola et Marburg.
Pour lui, la célébrité d'Ebola est due à "une combinaison de l'action des medias occidentaux, des saignements (provoqués par la maladie), mais aussi du taux de 90% de mortalité".
"Il n'y a pas beaucoup de micro-organismes qui ont ce pouvoir...", poursuit le scientifique américain.
Mais la littérature et le cinéma y sont aussi pour quelque chose.
"Soyons honnêtes: Ebola est connu parce que Richard Preston a écrit +Hot Zone+", un livre à succès qui raconte notamment la découverte du virus en Virginie, estime le Dr Geisbert.
Directeur de recherche à l'IRD (Institut de recherche pour le développement), Jean-Paul Gonzalez, autre spécialiste de la maladie, cite le film "Outbreak" à la distribution remarquable avec Dustin Hoffmann, Morgan Freeman, René Russo, Kevin Spacey, Donald Sutherland.
"Au moment de la sortie du film, il y a eu l'épidémie à Kikwit (en République démocratique du Congo) en 1995. Le public regardait le film et ensuite les infos à la télé, et il voyait que c'était vrai en quelque sorte", raconte le chercheur. Des dizaines de navets télévisés et livres aux scénarios aussi catastrophe que faibles ont suivi.
"L'Ebola est hautement pathogène, avec des tableaux cliniques extrêmement graves et là, ça fait peur... Quand on voit une femme allongée sur le lit qui vomit du sang et un bébé qui pleure à côté, c'est une image. Ca se vend. Les ONG, les pasteurs ramassent alors des mannes pour aider la +pauvre Afrique+", ironise le Dr Gonzalez, avant d'évoquer un aspect plus politique.
"Il y a eu le 11 septembre 2001, le bio-terrorisme, le contexte est favorable. C'est politique, médiatique, sociétal et scientifique", conclut-il.
Thomas Geisbert est sur la même longueur d'ondes: "Tout commence quand Ken Alibek, qui dirigeait le programme d'armement bactériologique de l'URSS, témoigne devant le Congrès américain dans les années 1990 et affirme que l'URSS développait Ebola et Marburg. L'URSS a disparu, personne ne sait où est passé le matériel. Alors maintenant avec Al-Qaïda et les organisations terroristes on se dit: +et si quelqu'un, avec de mauvaises intentions...+".
"Regardez ce qu'ont fait cinq lettres d'anthrax aux Etats-Unis. Si quelqu'un a accès à Ebola, il n'a même pas à le vaporiser: il le met sur une bouteille et tue 40 personnes à New York. Ebola fait partie du problème du bio-terrorisme", analyse-t-il.
Mais pendant que les sociétés occidentales fantasment sur cette maladie hyper médiatisée, c'est le manque d'information qui engendre des problèmes en Afrique.
"On a réussi à faire croire aux gens qu'Ebola était l'oeuvre des sorciers, notamment à cause de son côté spectaculaire et des vomissements de sang", souligne Pierre Fomenty, de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
"On dit aux gens qu'il faut brûler les habits, ne plus enterrer les morts de manière traditionnelle. Cela heurte leurs habitudes", ajoute le Dr Jean-Jacques Mayembe, de l'Institut national de recherche biomédicale de Kinshasa.
"On constate maintenant qu'il y a une peur. A Kikwit, on a brûlé la maison d'un défunt, des enfants de victimes ont été relégués aux abords du village".
Mortalité élevée, absence de traitement, symptômes effrayants: mondialement connue, la fièvre hémorragique Ebola n'a pourtant fait "que" 600 morts en 40 ans mais elle présente tous les ingrédients pour alimenter peurs, rumeurs ainsi que films hollywoodiens et livres à succès.
AFP