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| Le candidat Agbéyomé Kodjo applaudissant ( Photo :Lambert) |
Depuis samedi 02 août, la famille politique au Togo s’est agrandie avec un nouveau-né. Organisation pour Bâtir dans l’Unité un Togo Solidaire (OBUTS), c’est son nom.
La formation qui vient s’ajouter à la quatre-vingtaine de partis qui occupent déjà le microcosme politique togolais est présidée par l’ancien Premier ministre Messan Agbéyomé Kodjo. L’ancien chouchou de feu Gnassingbé Eyadéma a fait d’une pierre deux coups. Agbéyomé Kodjo a profité de l’occasion pour officialiser sa candidature pour la présidentielle de 2010.
Candidature qui défraie la chronique.
Si l’ancien Premier ministre a plein droit, comme tout citoyen jouissant de tous ses droits civiques, de postuler à la magistrature suprême, l’officialisation de sa candidature est comparable à la scène d’une pierre lancée dans un essaim d’abeilles. Elle suscite de la part des Togolais les critiques les plus acerbes, que ce soit dans les conversations ordinaires ou sur le net.
Les réactions
« C’est en Afrique et au Togo en particulier qu’on peut assister à de pareils trucs qui frisent le ridicule. Un parti politique qu’on vient de mettre sur pied et qui compte à peine 500 membres sur une population d’au moins 5 millions, prétend déjà briguer la magistrature suprême! Quand même, soyons un peu raisonnables et réalistes. Le bon sens voudrait qu’on prenne le temps de s’enraciner avant d’avoir de telles ambitions. Il aurait pu prendre exemple sur son collègue Atsutsè Agbobli. Bien qu’il ait créé son MODENA avant le scrutin législatif du 14 octobre 2007, il n’a pas tout de suite cherché à se positionner ou présenter des candidats du parti pour briguer des sièges à l’Assemblée nationale…Chez nous, il suffit d’avoir amassé des milliards pour se croire éligible…On prend le temps d’affamer le peuple et on revient pour le diriger ! C’est fou ce pays ! », peste un universitaire.
Dans la même veine, un compatriote vocifère : « Agbéyomé ne peut jamais devenir président du Togo. Ce n’est qu’un ambitieux aveuglé par ses intérêts personnels. L’homme est devenu «opposant » parce qu’il s’était rendu compte à un moment donné que la Présidence de la République qu’il croyait lui revenir à cause de l’ascension fulgurante qu’il a connue avec le clan lui échappait au profit de l’actuel locataire de Lomé 2. Pour lui, le changement de manteau n’était qu’une façon de régler les comptes à ceux qui ont fait de lui ce qu’il est aujourd’hui… Non ! Agbéyomé doit cesser de rêver ».
« Décidément, on se moque des Togolais. Après ce que cet homme a fait endurer au peuple, il revient pour vouloir le diriger! Si la honte pouvait tuer, il y a longtemps qu’on parlerait d’ Agbeyomé au passé. Il est l’une des pires choses qui soient arrivées aux Togolais. Il fut de ceux qui ont à plusieurs reprises induit feu Eyadéma en erreur en lui faisant miroiter du blanc à la place du noir, participé au renforcement de sa dictature et à la pérennisation du clan Gnassingbé », renchérit un autre, de la diaspora.
« Est-ce qu’il faut absolument faire la politique pour aider son pays? », s’interroge un jeune Togolais diplômé sans emploi avant de continuer: «Si Agbéyomé veut venir en aide aux Togolais, il y a plusieurs manières de le faire, par exemple investir dans des projets et il s’en sortira grand. C’est notoire que sa région d’origine, à l’instar de la plupart des régions du Togo, est très pauvre. Il avait fêté une fortune de dix-sept (17) milliards dans ce pays alors que le peuple était dans la misère. C’est le fonds qui manque donc le moins. Il pourrait réunir les jeunes de sa région et voir ensemble les projets qu’ils peuvent monter et qu’il peut financer. Comme le fait depuis quelques moments déjà son devancier Kwasi Kloutsè à travers son projet d’IDH. C’est une manière de redorer son blason avant de prétendre devenir Président. Les Togolais n’ont pas la mémoire courte pour oublier de si tôt le passé ».
« Vraiment les Togolais sont fichus ! On les prend pour les pires des idiots ! Comment Agbéyomé qui, des décennies durant, a contribué à mettre notre pays dans l’état lamentable où il est aujourd’hui, même si entre-temps il a fait faux bond, peut-il se prétendre capable d’y apporter quoi que ce soit ? Les Togolais n’ont pas la mémoire courte et ont toujours remis les aventuriers à leur place dès qu’ils en ont l’occasion .... », a pesté un autre, avant de prophétiser : «Non !Agbéyomé n’en aura pas pour longtemps !!! ».
Les atouts majeurs d’Agbéyomé
De tous les candidats déjà déclarés à ce scrutin et les autres probables présidentiables, Agbéyomé Kodjo est de loin celui qui a eu le meilleur parcours politique. De simple Ministre, il est devenu Président de l’Assemblée nationale puis Premier ministre. Il a gravi les échelons, comme cela se fait dans les nations civilisées d’Europe, et il peut logiquement prétendre diriger le pays. Le tout récent Président d’OBUTS connaît tous les rouages du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) et peut donc avoir plus de prise sur le pouvoir que quelque autre candidat.
Au niveau intellectuel aussi, on ne peut rien lui reprocher. Agbéyomé a une tête bien faite et bien pleine. C’est un économiste attitré qui a fait des écoles de renommée en Occident. Ce profil doublé de son expérience au haut niveau de l’administration togolaise fait de lui un client sérieux.
Mais cela suffit-il pour le voir élu en 2010?
Les faiblesses
Il lui est fait le procès d’une ambition présidentielle précoce. Beaucoup sont scandalisés qu’à peine son parti politique porté sur les fonts baptismaux, Agbéyomé Kodjo veuille déjà diriger le Togo. Par ailleurs, l’homme ne s’est pas rendu service lorsqu’il s’est réclamé samedi dernier, l’héritier par excellence de feu Eyadéma.
Au-delà, c’est plus son passé qui risque de le rattraper, lui jouer un mauvais tour. Et c’est remarquable à travers les réactions rapportées plus haut. Des réactions qui ne sont que trop légitimes car les actes d’Agbéyomé Kodjo sont encore vivaces dans les mémoires.
Pour beaucoup de Togolais, l’homme est un pur produit du RPT, de chair comme d’esprit et ce ne sont pas les quelque six (06) années de rupture avec le RPT qui enjoliveraient son image. Ils ont toujours gardé de lui cette image, malgré cette parenthèse.
Certains lui ressortent d’être celui qui a poussé feu Eyadéma à modifier la Constitution pour jouer un extra-time en 2003, lors d’une manifestation à Kpalimé dans les années 2000 après la signature de l’Accord Cadre de Lomé.
Ce qui sera fait quelques temps après par le Général. La suite, on la connaît. L’autre grief que les Togolais lui portent, ce sont les événements de Fréau Jardin du 25 janvier 1993.
Malgré ses tentatives d’explication, ils ne sont pas prêts d’oublier les violences inouïes perpétrées par les forces de l’ordre et l’armée lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Aux yeux du peuple, c’est lui qui est toujours comptable de ces événements.
Tout compte fait, ce ne sont que des réactions de certains togolais. Le peuple saura trancher le moment venu. Mais jamais une candidature n’a suscité autant de controverses.
Source: Liberté Tri-Hebdo N° 389 du 06/08/08
TINO Kossi