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Joël Agbemelo, Directeur Général de JAT Consulting SARL: « Les études d’impacts sur l’environnement représentent un nouvel outil d’aide à la décision »
Lundi, 12.22.2008, 12:16pm (GMT)

M.Joel Agbemelo, Directeur Géné ral de JAT Consulting SARL
L
e  phénomène du réchauffement climatique  et la nécessité pour les gouvernants d’instaurer des  normes pour la  protection de l’environnement ont permis la naissance de nouvelles disciplines dont les études d’impacts sur l’environnement. Lomécite va à la découverte de cette discipline avec M. Joël Agbemelo, directeur Général de JAT Consulting, un bureau qui a réalisé l’étude de l’impact environnemental du projet « Résidence Les Cocotiers ».

                  Présentez nous votre bureau ?

JAT Consulting est un bureau d’expertise environnemental qui a été crée en 2007. Le bureau œuvre dans un certain nombres de domaines d’expertise d’environnemental tels que les études d’impacts, les audits environnementaux, les audits de conformité réglementaire, les études de caractérisation, la formation et éventuellement tout ce qui concerne les études ou les recherches sur l’évolution des disciplines de l’environnement. Le bureau travaille avec des experts qui sont internes, des consultants qui interviennent systématiquement sur les études réalisés par les bureaux. Parmi ces consultants, on peut  noter un ingénieur génie industrielle option environnement qui intervient sur tous les études d’impacts relatives aux industries. Nous avons également un consultant biologiste option environnement qui intervient sur toutes les études d’impacts concernant la description du milieu récepteur et les impacts de ces projets sur l’environnement biophysique. Puis, nous avons un vérificateur environnemental, juriste environnemental de formation qui coordonne les études et à part cela, nous avons des consultants externes qui agissent selon la complexité du mandat notamment des ingénieurs génie civile, ingénieurs génie rural, expert en mécanisation agricole, des hydrologues, des géologues, des géographes et tous les autres dépendamment de la complexité du mandat. bref, le bureau a exécuté un certain nombres d’études notamment les études d’impacts sur les projets industriels, les projets d’aménagements touristiques et hôteliers, les projets d’aménagements agricoles.

                   Qu’est-ce qu’une expertise environnementale ?

En général, lorsqu’on parle d’expertise environnementale, le commun des mortels a tout de suite tendance à penser aux disciplines scientifiques telles que la biologie, l’écologie mais c’est une expertise nouvelle qui concerne des disciplines dont l’étude d’impact sur l’environnement, les audits environnementaux, les audits de conformité réglementaire, les étude de caractérisation de site(face 1 et face 2), les évaluations environnementale en général bref  c’est tous ces domaines de compétences qui regroupent ce que l’on appelle aujourd’hui l’expertise environnementale. On assiste à la mise en place de beaucoup de bureaux dans les pays européens qui développe ces expertises soit en étude d’impact, soit en étude éco toxicologique soit en étude de caractérisation ou soit en  audit.

Parlez nous de l’évolution de l’expertise environnementale dans le monde et plus particulièrement au Togo ?

Il faut reconnaître que la discipline est assez récente et il faut avouer que l’origine de la discipline est située en Amérique du Nord plus précisément aux Etats-Unis et cela remonte dans les années 1950 où quelques scientifiques ont commencé par constituer des groupes de pression pour pouvoir faire comprendre au gouvernement fédéral américain qu’il faudra prendre certaines mesures pour ce qui concerne la gestion des  impacts négatifs d’un certain nombre de projets sur l’environnement. Cela a évolué timidement avec l’apparition de la technologie nucléaire et avec un certain nombres d’accidents des pétroliers où on a vu des marrés noires avec des pollutions importantes. En ce moment, nous tendons vers la fin des années 1960 où la conscience des gouvernements et des institutions se voient plus sensibilisées sur la nécessité de protéger l’environnement. On a vu alors naître aux Etats-Unis le premier texte qui régit le domaine c'est-à-dire le NEPACT (National Environnemental Police Act). Le NEPACT est le premier texte qui a été adopté au début des années 1970 et qui a vraiment réglementé le domaine qui soumettait un certain nombres de projets aux études d’impacts sur l’environnement. Ensuite, d’autres pays ont suivi comme le Canada qui a pris sa première législation en 1973. En Afrique, le Gabon a pris de l’avance dans la matière et a adopté un texte en la matière en 1976 même si la pratique n’a pas été comme il le faut mais il faut reconnaître qu’ils ont adopté un texte qui régit les études d’impacts. Les pays de la communauté européenne ont également suivi dans les années 1980-1985, la Colombie aussi et certains pays africains qui ont emboîté le pas tout récemment vers la  fin des années 1990. Pour ce qui concerne le Togo, on est jeune mais on a eu à reconnaître que dans la loi sur l’environnement de 1988, il y avait déjà des dispositions concernant des études sur l’impact environnemental. Le décret d’application a été pris seulement en 2006 et un certain nombre d’arrêtés ministériels ont été pris pour pouvoir réglementer le domaine et toute la procédure des études d’impacts et énumérer les travaux, les projets, les programmes et les activités. Cette démarche fait que  maintenant dans notre pays, c’est devenu obligatoire pour les projets qui sont assujettis dans le décret de 2006.

Quels sont  les principaux projets acteurs de développement qui sont concernés par l’expertise environnementale ?

Aujourd’hui sans vous mentir, l’environnement est un bien commun et il concerne tout le monde. Que cela soit les populations de base, les ONG, les gouvernements, les institutions financières, les bailleurs de fonds, les investisseurs, les promoteurs, les économistes, les scientifiques etc…. tout le monde est concerné et c’est ce explique d’ailleurs que dans les études qui sont relatives à l’expertise environnementale, il y a plus d’acteurs qui sont  consultés et concertés pour pouvoir évaluer efficacement le domaine.

Quelles sont les études que votre bureau a  réalisées et qui a regroupé tous les acteurs ?

Nous pourrions dire que nous avons réalisés plusieurs études mais nous pouvons nous focaliser sur les études qui nous ont permis de voir à peu près l’implication de tous les acteurs du pays dans l’élaboration de cette étude. La première qui est actuellement en cours de finalisation concerne un projet d’aménagement agricole dans le cadre d’un projet de production de bioénergie au Togo. C’est un projet qui a été initié par un promoteur de la société d’énergie renouvelable du Togo qui consiste à produire de l’éthanol (biocarburant) qui est actuellement en promotion à partir de la canne à sucre. Une fois  l’énergie produite à partir de la canne à sucre, l’éthanol sera destiné à l’exportation. Une bonne partie sera utilisée comme carburant de substitution ou carburant de mélange. Les déchets de production de la canne à sucre vont servir à tourner une centrale électrique qui va produire de l’électricité qui sera revendue à la CEB afin que cette dernière ait une autonomie en matière de fourniture d’électricité au Togo et éventuellement au Bénin. C’est un projet de grande envergure qui sera réalisé sur plus de 30.000 hectares dans trois ou quatre préfectures notamment dans l’Avé, le Zio et l’Ogou et cela implique forcement l’intervention des populations de la zone qui sont organisées en ONG et associations et puis l’intervention des chefs de villages .C’est ce qu’on appelle la procédure de la consultation publique qui est obligatoire.
Outre les associations et ONG, il faut reconnaître que les institutions de l’état qui sont à la base de la procédure ont joué un rôle très déterminant dans la conduite de la procédure notamment la direction de l’environnement et les directions préfectorales de l’environnement qui ont travaillé avec nous sur le terrain pour faire évaluer les études. En outre, il faut souligner que les bailleurs de fonds du projet sont très impliqués dans  le rapport car eux ils ont exigé qu’on puisse un certificat de conformité environnemental dûment signé par le ministre de l’environnement après validation du rapport afin qu’ils puissent débloquer une partie des fonds qui constituera à exécuter le projet.
Il ne faut pas oublier les bureaux d’études, les experts qui ont contribué à l’étude.
Il y a un autre projet qui a rassemblé plus d’acteurs, c’est le projet « Résidence les Cocotiers ». C’est un projet qui consiste à créer 150 villas à usage hôtelières et touristiques sur le littoral de Lomé entre  la zone située entre le Port Autonome de Lomé et la frontière plus précisément la zone contiguë à l’hôtel sarakawa. C’est un projet qui a impliqué l’intervention des associations, des ONG, des chefs du villages, des maraîchers qui occupent déjà le site, des institutions de l’état notamment le ministère des finances, de l’environnement et du tourisme, la direction de l’environnement et des partis politiques. C’était un dossier assez politisé où on a vu que suite à des pressions, les partis politiques de l’opposition étaient saisis du dossier et c’est dans ce cadre qu’ils ont été aussi invités à prendre part à l’atelier de validation et ils ont pu comprendre par les démonstrations des scientifiques que d’abord le projet est réalisable dans la zone qui a été choisie et que les impacts de ce projet ont été analysés minutieusement et évalué par notre bureau d’étude qui s’est chargé de préparer des mesures de suivi assez rigoureuse qui doivent en principe pouvoir amenuiser ses impacts du projet sur l’environnement. Une négociation directe entre le promoteur, la direction de l’environnement (médiateur) et la population de la zone s’est déroulée lors de la réalisation de l’étude d’où l’avantage de cette procédure.

Quels sont les principaux projets qui sont soumis aux études d’impacts au Togo ?

Actuellement, nous avons les textes de 2006 qui ont prévu un certain nombre de projets qui sont soumis aux études d’impacts. Ces projets sont classés par catégories notamment les projets d’infrastructures routières, d’infrastructures énergétiques, les aménagements agricoles, les aménagements d’élevages, les projets industriels, les projets relatifs aux aménagements hôteliers et touristiques.

Quelles sont les difficultés de la profession ou des études ?

C’est d’abord une étude pluridisciplinaire et on veut faire une étude d’impact dépendamment du projet, il faudrait être en mesure d’aller chercher des compétences qui puissent participer à l’élaboration du rapport et produire un rapport efficace.  Il  arrive que sur le marché, on détecte des compétences mais ce ne sont pas des compétences assez formées, aguerries ou expérimentées à la réalisation des études d’impacts ou ils ne sont pas assez sensibilisés sur les questions environnementales. On peut avoir par exemple, un ingénieur génie civil mais qui n’a pas fait l’option environnement. Ce problème se pose et ils n’arrivent pas à faire le lien entre l’aspect scientifique de l’ingénieur, l’ingénierie civile et l’environnement car ils n’ont pas fait une option en plus de leurs domaines de compétences qui leur permettent de pouvoir faire ses analyses. IL faut également reconnaître que c’est un domaine qui nécessite beaucoup d’investissements et les promoteurs qui sont contraints à financer les études sont un peu réticents lorsqu’ils entendent le coût. Ce sont des études qui nécessitent du temps et du travail et tous les experts et les consultants dans diverses disciplines doivent avoir leurs honoraires, ce qui embête les promoteurs qui rechignent à faire sortir autant d’argent et ils pensent que les études d’impacts sont plutôt un frein pour la réalisation de leurs projets pour le développement. Nous sommes dans un pays où le problème de documentation, de bibliothèque se pose et l’expert qui est entrain de faire des recherches se trouve limité dans ses recherches donc difficile d’aller chercher des informations et produire un bon rapport. Les gens ne sont pas aussi sensibilisés de l’existence de cette expertise, ce qui fait que les promoteurs ne vont pas toute de suite voir les bureaux lorsqu’il sont en phase d’étude de faisabilité de leurs projets.

Pensez vous que l’expertise environnementale peut avoir une incidence sur  la lutte contre les changements climatiques ?

Oui absolument, l’expertise environnementale peut contribuer à cette lutte. Si nous prenons par exemple une cimenterie, nous savons qu’il existe deux au Togo à savoir  Le Wacem et la Cimtogo qui utilise beaucoup d’énergies, le fioul pour pouvoir cuire le ciment et produire le clinker. La production du ciment par le fioul suppose un processus de combustion qui provoque l’émanation des gaz à effet de serre ou des gaz qui vont contribuer au réchauffement de la planète. Si par exemple, une nouvelle cimenterie veut s’installer dans notre pays et qu’après les études, on préconise l’utilisation des énergies de substitutions moins polluantes que le fioul ou le charbon, on peut dire en ce moment là que l’étude fait un apport considérable dans la lutte contre le réchauffement climatique. Ils peuvent utiliser par exemple des énergies renouvelables ou le processus de recyclage des déchets qu’on peut aller cuire dans les cimenteries pour pouvoir produire des énergies. Donc, ce sont des procédures nouvelles d’utilisation de l’énergie renouvelable ou de revalorisation des déchets qui se font dans certains pays qu’on pourrait préconiser dans le cas d’une cimenterie et cela pourrait considérablement contribuer à aider à l’émission des gaz à effet de serre et par conséquent à lutter contre les changements climatiques.

Comment pensez vous que la matière puisse être vulgarisée auprès de tous les acteurs de développement et décideurs du pays ?

Nous avons déjà avancé certaines idées pour la sensibilisation, l’organisation des journées de sensibilisation à l’endroit des acteurs qui sont à la base des projets de développement notamment les professions juridiques quant on sait qu’un promoteur qui vient pour pouvoir exécuter un projet, il veut d’abord voir un avocat ou un huissier pour la constitution de sa structure ou de pouvoir connaître les dispositions législatives qui sont applicables dans la matière. Au moment où ses avocats et huissiers seront sensibilisés, ils seront en mesure de pouvoir orienter les promoteurs pour l’obtention des autorisations notamment un certificat de conformité environnemental pour pouvoir commencer l’exécution de son projet.
Les acteurs des autres institutions de l’Etat doivent être également informés qu’un projet relevant de leurs domaines de compétences et qui est soumis aux études d’impacts doit être redirigés vers la direction de l’environnement. Il est très important que ces différentes structures soient sensibilisées dans ce sens. En ce qui concerne les banques, il faut noter que certaines banques de développement notamment la BOAD, la BAD, la BIDC sont conscientes qu’il faut déjà commencer par voir dans les dossiers d’évaluation d’octroi de financement qu’il faut voir les aspects environnementaux de ses projets. Les banques d’affaires locales comme l’ECOBANK ou la BTCI  qui arrivent à financer certains projets de développement doivent être aussi sensibilisées pour pouvoir désormais intégrer dans leurs secteurs d’analyses et d’octroi de financement, un volet environnement. Il faut aussi avoir aussi une idée sur les assureurs et comme nous avons des assureurs qui assurent les bateaux, ils doivent être en mesure d’aller apprécier ou évaluer les risques écologiques et environnementaux pour pouvoir les prévoir dans leurs primes d’assurances. Vous convenez avec moi que lorsqu’il aura un accident, un déversement de pétrole, la pollution de haute mer ou une marrée noire, l’assureur qui n’a pas prévu ce risque se retrouvera confronté à certain nombres de primes et il lui sera difficile d’y faire face. Nous avons eu l’exemple des Etats-Unis où des assureurs n’ont pas été sensibilisés sur les risques environnementaux. A l’époque, il y avait eu une série d’accidents de pétroliers en mers qui avait causé des marées noires. On peut citer le cas typique du Exxon Valders où les assureurs étaient incapables de prendre en charge ce risque et ils se sont retrouvés en faillite. C’est bien après qu’ils se sont réorganisés en incluant dans leurs clauses les risques environnementaux. C’est un exemple concret qui doit édifier les assureurs à s’occuper de cela.

                              Quel est alors l’avenir de cette profession ?

Etant donné que la profession est assez récente et dans notre contexte actuel de relance économique, les projets de développement ne sont pas actuellement prolifiques. Toutefois, nous espérons qu’avec les chantiers en projets pour la construction du pays, il va y avoir du travail pour permettre au bureau de former les consultants qui travaillent déjà avec nous.
Il faut également souligner que la matière n’étant pas enseignée dans nos écoles et universités, les seuls experts qui sont capables d’exécuter ou de conduire une équipe sont ceux qui sont formés à l’extérieur notamment dans les universités nord américaines, européennes et dans quelques universités africaines comme au Cameroun et en Egypte. Si le renouvellement et l’approvisionnement en professionnels des études d’impacts ne sont pas assurés, il pourrait avoir à la longue, une surcharge des bureaux déjà existants et qui va ronger les délais de réalisation des études.
Enfin il se pose le problème relatif à l’intervention des bureaux étrangers qui ont du mal à collaborer ou à associer les bureaux locaux alors qu’ils maîtrisent mal les réalités environnementales propres à nos pays et à l’exécution des projets de développement.

                    Votre mot de fin

Nous vous remercions de l’opportunité qui nous é été donnée de parler de l’expertise environnementale et nous espérons que tous ceux qui seront concernés par ce projet en tireront profit.

Propos recueillis par Hugues ATTIKPO

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