Un calme précaire régnait lundi matin à N'Djamena, où quelques tirs d'armes automatiques étaient entendus, après deux jours d'intenses combats opposant l'armée tchadienne aux rebelles qui se sont retirés de la capitale, a constaté un journaliste de l'AFP. Ces tirs très sporadiques ont été entendus lundi matin et pendant une grande partie de la nuit, selon le journaliste de l'AFP.Un observateur au fait de la situation a attribué ces tirs à des tireurs isolés ou à des hommes effectuant des opérations de ratissage."On s'est retirés de la ville, on attend que la population civile évacue", a confirmé à l'AFP le porte-parole de l'alliance rebelle qui, partie il y a une semaine du Soudan, a traversé tout le pays d'est en ouest pour venir attaquer la capitale samedi."On est tout autour" (de la capitale), a toutefois aussitôt ajouté Abderaman Koulamallah, joint sur téléphone satellitaire. "On a préféré quitter la ville mais on va certainement repasser à l'offensive, on demande à la population civile de N'Djamena de partir immédiatement car sa sécurité n'est pas assurée".Comme il l'avait fait dans un communiqué dimanche soir, le ministre des Mines, le général Mahamat Ali Abdallah, commandant des opérations des forces gouvernementales, a assuré lundi matin à l'AFP que "l'ennemi (était) complètement en débandade"."Leur but était uniquement la destruction de la ville, ils se retirent parce qu'ils n'ont pas le choix", a-t-il affirmé. "Le temps va vous montrer qu'ils sont défaits", a-t-il estimé.Interrogé sur la possibilité que le président Idriss Deby Itno, qui avait vécu les combats du week-end retranché dans son palais au coeur de N'Djamena, profite de l'accalmie pour réorganiser ses troupes, le responsable rebelle s'est borné pour sa part à répondre: "Nous avons nos propres impératifs stratégiques et militaires".
Selon un observateur suivant l'évolution des combats à N'Djamena, "les rebelles ont été repoussés en dehors de la ville, ils sont après la sortie est".
"Cela ne signifie pas qu'il n'y aura pas de combats demain (lundi), on verra s'ils ont conservé leur capacité à attaquer", avait estimé cette source dimanche soir, sans exclure que des "éléments dormants" de la rébellion soient encore en ville.
Des journalistes de l'AFP ont constaté dimanche après-midi qu'il n'y avait aucun rebelle visible dans les quartiers populaires situés autour du centre de N'Djamena, et que l'armée circulait, ou était déployée, dans le coeur de la capitale.
Le Tchad accuse le Soudan voisin d'être l'instigateur de cette nouvelle offensive, la plus importante des dernières années.
A New York, le Conseil de sécurité de l'ONU a conclu dimanche soir des consultations sans parvenir à s'accorder sur un texte et se réunira de nouveau lundi matin dans ce but, a indiqué à la presse son président, l'ambassadeur du Panama, Ricardo Alberto Arias.
Arrivé au pouvoir par les armes en 1990, le président Idriss Deby a réussi à plusieurs reprises à renverser des situations militaires difficiles.
Selon l'armée française, 580 étrangers ont été évacués vers Libreville depuis N'Djamena. Un avion militaire français en provenance de Libreville et transportant 202 personnes évacuées, dont 130 Français , s'est posé dimanche soir à l'aéroport parisien de Roissy, où les passagers, certains choqués, ont été accueillis par les ministres des Affaires étrangères Bernard Kouchner et de la Défense Hervé Morin.
La reprise des combats dimanche a sonné le glas d'un cessez-le-feu que le dirigeant libyen Mouammar Khadafi, médiateur désigné par l'Union africaine, avait affirmé samedi avoir négocié avec l'un des trois chefs rebelles.
Selon des experts, les rebelles s'étaient alliés mi-décembre sous la pression du Soudan. Khartoum souhaite notamment, selon ces analystes, perturber le lancement de la force européenne au Tchad et en Centrafrique (Eufor) destinée à protéger les réfugiés du Darfour.
Le Soudan a nié dimanche toute implication: "Ce qui se passe au Tchad est une affaire interne et nous n'avons rien à y voir", a déclaré le ministre d'Etat soudanais aux Affaires étrangères, Sammani al-Wassila.
Hervé Morin a indiqué dimanche que le déploiement de l'Eufor était "suspendu jusqu'à mercredi".
AFP