L'ancien Premier ministre Benazir Bhutto a exclu de rencontrer ou de négocier avec le président pakistanais Pervez Musharraf après sa décision de proclamer l'état d'urgence, alors que pour la deuxième journée consécutive la police pakistanaise réprimait les manifestations d'avocats.
La dirigeante du Parti du peuple pakistanais (PKK), la plus grande formation d'opposition, est en route pour Islamabad où elle doit participer à une réunion des différents partis d'opposition pour élaborer une stratégie commune afin d'obtenir la levée de l'état d'urgence proclamé samedi.
Priée de dire si elle comptait négocier sa participation à un gouvernement provisoire, Bhutto a répondu aux journalistes à l'aéroport de Karachi: "Non et je n'ai pas non plus l'intention de rencontrer Musharraf."
Elle a par ailleurs confirmé son intention de prendre la parole lors d'un rassemblement public prévu le 9 novembre à Rawalpindi, près d'Islamabad.
L'opposition politique pakistanaise, et notamment Bhutto, s'est pour l'instant contentée de condamner verbalement l'état d'urgence et les arrestations de centaines d'opposants mais ce sont les avocats qui sont à la pointe du mouvement de contestation dans la rue.
Mardi, la police a chargé des avocats qui tentaient d'entrer dans le bâtiment de la Haute cour de Karachi.
A Multan, dans le centre du pays, une dizaine d'avocats qui scandaient "Pars Musharrraf, Pars" et lançaient des pierres en direction des forces de l'ordre, ont été frappés à coups de matraque et emmenés dans des camions, a constaté un correspondant de Reuters.
MANIFESTATIONS D'AVOCATS REPRIMEES
Une dizaine d'autres ont été interpellés dans les locaux de la Haute cour de Lahore, selon un photographe de Reuters. En revanche, une manifestation rassemblant 200 avocats s'est tenue dans le calme à Islamabad.
Des barrages protégés par des barbelés ont été mis en place aux abords du palais présidentiel et des sièges du parlement et de la Cour suprême.
Le président Musharraf, arrivé au pouvoir par un putsch en 1999, a fait interpeller des centaines d'opposants et d'avocats depuis qu'il a proclamé l'état d'urgence samedi.
Le président américain George Bush, qui considère Musharraf comme un allié stratégique dans la lutte contre le terrorisme, a exhorté lundi le général-président à lever l'état d'urgence dans les meilleurs délais, à organiser des élections et à quitter ses fonctions militaires.
Musharraf a justifié sa décision en invoquant des menaces pour la stabilité du pays constituées par l'extrémisme et les ingérences du pouvoir judiciaire mais la majeure partie de la population estime que son geste était destiné à empêcher la Cour suprême d'invalider sa réélection. Elle devait se prononcer ces jours-ci.
Musharraf a fait limoger les juges de la Cour suprême qui lui étaient hostiles et les a remplacés par des magistrats plus dociles. Quatre nouveaux juges ont prêté serment mardi, ce qui porte le total à neuf.
Le Premier ministre Shaukat Aziz a affirmé que les élections auraient lieu comme prévu en janvier mais Musharraf ne s'est pas encore exprimé publiquement sur le sujet. Son gouvernement doit se réunir ce mardi.
Reuters