Les membres de l'association L'Arche de Zoé, inculpés au Tchad pour enlèvement, auraient menti aux autorités locales en cachant qu'ils voulaient évacuer des enfants vers la France, selon un document publié vendredi dans Le Parisien.
Ce document à en-tête de "Children Rescue", nom adopté par l'association au Tchad, est un "ordre de mission" non daté, signé par le président de l'association Eric Breteau et qui précise à l'intention des autorités tchadiennes la nature de l'opération entreprise.
"Cette opération a pour objectif de créer dans la région est du Tchad en août/septembre 2007 et pour une durée minimum de deux ans un Children Center comprenant un centre d'hébergement d'urgence pour les enfants isolés, un poste médical avancé", dit ce document.
Il n'est pas question d'évacuation. "Les transports sont effectués sur les vols Transall de l'armée française et l'hébergement se fera à Abéché sur la base médicale de Children Rescue", précise le texte.
Le gouvernement tchadien juge donc avoir été trompé.
La version des autorités françaises est différente. Le ministère des Affaires étrangères admet avoir été informé dès l'été du projet d'évacuation et a déclaré avoir informé en juillet le parquet de Paris qui a ouvert une enquête préliminaire de police.
On ignore pourquoi cette enquête n'a pas permis de stopper le projet de L'Arche de Zoé puisque son fondement juridique, "exercice illégal de la profession d'intermédiaire en vue de l'adoption", permettait a priori d'agir. La secrétaire d'Etat aux droit de l'homme Rama Yade soutient le contraire.
PLAINTE EN FRANCE
Le président tchadien Idriss Déby a dit espérer jeudi la libération prochaine des journalistes français et des hôtesses de l'air espagnoles arrêtés avec les membres de l'ONG française.
L'Onu et la Croix-Rouge ont fait savoir que, d'après leur enquête, 91 des 103 enfants que l'ONG voulait conduire en Europe - en les présentant comme des orphelins du Darfour - avaient encore au moins un de leurs parents.
Certaines familles en Europe ont affirmé avoir versé à L'Arche de Zoé 2.000 euros ou davantage.
Le journal régional L'Indépendant publie vendredi un entretien avec une personne anonyme qui dit vouloir porter plainte car l'association lui aurait pris de l'argent après avoir promis une adoption.
Cette personne raconte une rencontre le 8 septembre à Valence avec les dirigeants de l'association. "Ça faisait grand-messe, le public se levait quand Breteau prenait la parole et applaudissait. Breteau parlait de 'notre grand vaisseau qui allait bientôt s'éloigner vers des contrées lointaines'", dit-elle.
Un courriel envoyé le 15 octobre aux familles candidates à l'adoption par L'Arche de Zoé aurait demandé de garder le secret sur la procédure, selon ce témoin.
Neuf Français, dont trois journalistes, ont été arrêtés il y a huit jours à Abéché, dans l'est du Tchad, alors qu'ils tentaient d'emmener en avion les 103 enfants. Ils ont été inculpés d'enlèvement et d'escroquerie et risquent de cinq à 20 ans de travaux forcés s'ils sont reconnus coupables.
Un pilote espagnol, un pilote belge et six Espagnols, membres d'équipage de l'avion, ainsi que deux Tchadiens, ont été également arrêtés et inculpés de complicité.
Reuters