Le ministère du développement à la base a entrepris depuis quelques mois, un vaste projet visant à appuyer les groupements à la base en mettant à leur disposition des outils de travail. Quelque 5.000 groupements ont déjà bénéficié de ce projet, selon Mme Victoire Tomégah-Dogbé, la ministre, directeur de cabinet du président de la République, en charge du développement à la base.
Savoir News: Depuis quelques mois, votre ministère a entrepris un vaste projet visant à accompagner les groupements à la base. Dans quel cadre s’inscrivent ces actions menées sur terrain?
Mme Victoire Tomégah Dogbé: Je crois qu’il est important d’abord de situer le contexte dans lequel nous avons initié ce projet. Vous savez que Togo sort d’une longue crise socio-politique qui a faibli toutes les structures du pays. Conséquences: ce sont les populations qui se sont affaiblies.. Il y a eu baisse du revenu des ménages, le taux de chômage a augmenté et les infrastructures socio-collectives sont complètement dégradées.
Le constat est général et quand nous avons eu en charge ce portefeuille ministériel, la première chose que nous avons fait, c’est de se rendre sur le terrain pour faire un état des lieux, constater ce qui se passe et communiquer avec les populations à la base. Il a été très utile pour nous, non seulement, parce qu’on a pu faire le constat, mais aussi en discutant avec les populations, on les comprend mieux. Ce que nous avons constaté, c’est que malgré l’état de pauvreté général, certaines communautés ont conservé leur organisation. C’est le cas dans la région de la Savane où des groupements de femmes sont très organisés et savent ce qu’ils veulent.
Nous avons vu qu’avec cette capacité d’organisation et de mobilisation, on pouvait faire quelque chose au niveau du gouvernement pour soutenir cette dynamique de mobilisation, d’organisation sociale. Et c’est cela qui nous a poussé à proposer notre projet de soutien aux activités économiques des groupements. Ce projet a donc a reçu l’aval de tout le gouvernement, du président de la République qui a trouvé l’idée très ingénieuse. Le projet consiste dans un premier temps à l’identification, dans chaque préfecture, des groupements d’intérêts économiques qui ont déjà des activités de production agricole, le maraîchage, la pêche, l’élevage, la transformation, la conservation. Nous avions dit, au départ, qu’on prenait trois groupements dans chaque préfecture et deux dans les sous-préfectures. C’est pour identifier avec eux leurs besoins, afin de voir ce qu’on peut leur apporter pour les renforcer dans leur travail et améliorer la productivité. A l’issue des rencontres, nous avons identifié les besoins. Le premier besoin, c’est l’outil de travail et le second, la formation en technique de production.
L’autre problème qui s’est posé dans le contact avec les populations, c’est l’accès au micro crédit, puisque la plupart estiment que les structures de micros crédits qui leur donnent le crédit le font à un taux très élevé. En résumé, ce sont ces trois éléments que nous avons mis dans notre projet : appui en matériels, appui en formation et l’accès au crédit à des taux raisonnables.
Savoir News : Quels sont les critères de sélection des groupements bénéficiaires?
Mme Victoire Tomégah Dogbé : Le premier critère: le groupement doit être légalement constitué, il doit être en règle dans les procédures d’enregistrements. .Ensuite, il faut que le groupement ait deux ans d’activités. C’est ce que nous avons dit au départ. Enfin, le troisième critère, c’est que le groupement doit être déjà encadré et accompagné. Si le groupement ne bénéficie pas d’encadrement ou d’accompagnement, il est difficile qu’il survive. On a des structures d’encadrement comme l’ICAT et beaucoup des Ongs.
Aujourd’hui, l’engouement suscité par le lancement de ce projet nous a obligé à aller au-delà de nos attentes. A fin décembre 2009, on avait enregistré 2.000 groupements. Mais avec tout ce que nous venons de faire dans la région des Savanes, on avoisine 5..000 groupements.
Savoir News: Comment est financé ce projet? Avez-vous le soutien des partenaires?
Mme Victoire Tomégah Dogbé : Le volet le plus important dans notre projet, c’est l’appropriation. Pour qu’un projet soit durable, il faut l’appropriation et cela se trouve à plusieurs niveaux. D’abord au niveau des groupements eux-mêmes. C’est pour cela que l’identification des besoins s’est faite dans un processus participatif. Quand vous apportez quelque chose à quelqu’un et que l’objet apporté ne répond pas réellement à ses besoins, je vous assure, le projet ne sera pas durable .Donc, la première chose, c’est de s’appuyer sur un diagnostic participatif et que les gens disent ce qu’ils veulent et s’y impliquent. Maintenant, l’appropriation au niveau national suit. On n’est plus au temps où on relève des problèmes et attendre par la suite les partenaires. Cette manière de voir les choses est dépassée. Quand vous connaissez vos problèmes et vous vous en chargez avec le peu de moyens, on pourra rendre le projet utile et cela attire les partenaires.
Aujourd’hui dans ce domaine, ce ne sont pas forcément les partenaires au développement qui sont concernés, c’est d’avoir les ressources humaines valables dans chaque localité. Au niveau du gouvernement par exemple, tout le monde a été sensible et on a pu débloquer les fonds pour les premiers projets. L’appui aux premiers groupements a été entièrement financé sur le fonds du gouvernement togolais. Cela a eu le mérite de susciter l’attention des partenaires qui se mobilisent. Le Programme des Nations pour le Développement (Pnud) nous a appuyé dans le volet formation, la mise en place des volontaires et de l’équipe qui gère le projet. La FAO aussi a choisi d’appuyer les groupements dans une localité bien précise et nous sommes en train de travailler avec la FAO pour que cela puisse être réalisé. Il y a d’autres partenaires qui sont également intéressés. On peut parler des actions des opérateurs économiques comme le SHARE et aussi des privés.
Moi je tiens à une chose: quand on vous donne de l’argent, il faut bien l’utiliser, rendre compte et cela donne une certaine crédibilité. C’est ça aussi la force de ce projet. Le peu qu’on nous donne, on essaie de l’utiliser de manière efficiente.
Savoir News : Nous savons très bien la manière dont les projets sont gérés dans nos pays. Avez-vous mis en place un mécanisme de suivi? Si oui, comment fonctionne-t-il ?
Mme Victoire Tomégah Dogbé: J’avoue que, au niveau du suivi, on a encore beaucoup à faire mais, le suivi est à plusieurs étapes. C'est-à-dire que si vous arrivez au moment de l’identification des groupements à respecter les critères énumérés plus haut, cela vous facilite le travail après.
Source: Savoir News