Cette thématique s'appuie sur les activités de recherche menées depuis plusieurs années par le Centre Biogéo sur les problèmes d'érosion, notamment le rôle du couvert végétal dans le déclenchement du processus érosif. Ces recherches initiales ont rapidement conduit à intégrer la question des impacts des activités agricoles sur la qualité de l'environnement (sol, eau : cf. 2.1.) et de leurs traductions directes dans la chaîne alimentaire et les enjeux de santé humaine (cf. ouvrage S. Wicherek "L'eau de la cellule au paysage", Ed. Elsevier, UNESCO, 2000, 424 p.). Toutes ces recherches, bien ciblées pour une meilleure compréhension du fonctionnement des milieux, ont une forte implication dans le développement de l'agriculture durable. Ces études et expérimentations menées en conditions réelles s'appuient sur de nombreux sites de référence, en particulier dans les terres de grande culture du Bassin Parisien, ainsi que dans la Plaine germano-polonaise, la vallée du Saint-Laurent (Canada) où nous travaillons en étroite collaboration avec des organismes et universités réputés. Cette démarche se traduit par des échanges scientifiques constants, des publications et directions de thèses en commun.
Ce premier volet de recherches sur les causes, la dynamique, le fonctionnement et la prévention de l'érosion a été présenté à différents congrès nationaux et internationaux et a donné lieu à de nombreuses publications dans de grandes revues (cf. publications et colloques). Il s'est également traduit par la soutenance d'une dizaine de DEA et 4 thèses, dont la thèse novatrice de L. Mabit " Estimation de l'érosion hydrique des sols par la méthode du 137Cs. Application aux bassins versants de Vierzy (France) et Lennoxville (Québec) " ainsi que celles, soutenues fin 2001, d'Anne Lacambre " L'apport d'un SIG à la connaissance des aléas géomorphologiques dans un bassin versant montagnard. L'exemple du Haut-Drac ", d'Éric Meyer, " Les transformations de l'espace rural et les transferts liquides et solides sur les versants dans l'Ouest parisien ", et de Renaud Quilbé " Transferts de polluants inorganiques par ruissellement en terre de grande culture – Approche interdisciplinaire et multi-échelle " (cf. comptes rendus de thèses).
En termes d'environnement, les phénomènes physiques et géographiques d'érosion sont, d'une part, la perte de matière des sols, ressources non renouvelables à moyen terme, avec des incidences sur les rendements et les coûts de la production agricole ; et, d'autre part, une compensation chimique des fertilisants naturels disparus par le colmatage des réseaux de collectes des pluies, les inondations boueuses dans les agglomérations, l'accroissement de la turbidité et de la pollution des eaux (cf. Projet 1), dont les effets se font aussi sentir sur la qualité des chaînes alimentaires (cf. Projet 2). C'est pourquoi nos travaux intègrent aussi une réflexion qui s'avère indispensable sur l'insertion et le rôle de l'agriculture durable et biologique dans l'aménagement de l'espace. Un volet important de ces recherches a été publié dans des revues à comité de lecture ou présenté par plusieurs membres de l'Unité à des congrès internationaux (cf. publications et colloques).
Dans les régions de grande culture intensive et leurs marges (ex. : le Bassin Parisien), les forêts, les îlots boisés et les formations linéaires telles que les haies ou les ripisylves (cf. orientation 1) ont une influence décisive sur les conditions écologiques de la production agricole, du fait notamment qu'ils possèdent une capacité d'auto-épuration importante des polluants. Ces ensembles représentent un véritable réservoir de biodiversité dans des milieux fortement appauvris. Le rôle de ces structures boisées, linéaires ou non, pour la préservation des ressources biologiques est largement étudié dans le cadre du programme Balaton intitulé " Érosion des terres agricoles et gestion des écosystèmes. Dynamique des paysages aménagés de puszta hongroises (ex. : Parc de Kiskunsagi) ", coordonné par Stanislas Wicherek et qui s'est traduit par de nombreuses publications, dont un ouvrage " Paysages agraires et environnement. Principes écologiques de gestion en Europe et au Canada ", 8185 CNRS Éditions, sous la direction de S. Wicherek (cf. Coopérations internationales).
Les changements actuels, tant en Europe de l'Ouest qu'en Europe centrale et dans le bassin méditerranéen, sont très rapides. Le gel des terres agricoles et les mutations des systèmes agraires entraînent une transformation des paysages ruraux et périurbains, que nous nous attachons à considérer et à quantifier pour analyser précisément leur rôle et leur fonctionnement écologique. Les objectifs en sont clairs : comment évaluer les risques et quelles solutions adopter qui ne bouleversent pas radicalement, en terres de grande culture, les orientations socio-économiques de ces régions ?
Stanislas WICHEREK et Jean-Paul OUDINET