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Mercredi, 01.20.2010, 06:44am (GMT)
AfricaLog : Qu’est-ce qui s’est réellement passé aujourd’hui ? Jean Marie Doré : Il s’est passé qu’on a réfléchi sur comment faire pour que la Guinée soit bien, pour que l’armée marche bien, pour que la police marche bien, pour que les hommes politiques soient droits. Alors, par rapport au choix du Premier ministre, qui doit conduire la transition ? Moi, je ne savais pas qu’il fallait parler de ça. Ce que je sais, c’est que nous sommes préoccupés par la nécessité que la Guinée soit dotée d’institutions stables. Aujourd’hui, Monsieur Jean Marie Doré, votre nom circule partout… Circule en quoi, en voiture, en avion ? En tout cas sur toutes les lèvres, Monsieur Jean Marie Doré… Mais je ne lis pas ça sur vos lèvres… En tout cas c’est ce que nous apprenons… C’est bien, continuez à apprendre ça. Est-ce que vous êtes intéressé à être Président de la République ? Mais vous, êtes-vous intéressé par le poste de Premier ministre ? Mais j’ai répondu à la question. Merci. » Ces échanges campaient du même coup le portrait psychologique du nouveau Premier ministre guinéen, qui est resté le mouton difficile à tondre du troupeau politique au pays de Sékou Touré. « Doré, un intellectuel connu pour ses discours enflammés et un personnage parfois bizarre, était un opposant radical et critique au vitriol du président Lansana Conté », dit de lui le site Internet Wikipédia. Et dans sa logique d’empêcheur de gouverner en rond, il n’a pas non plus caressé le régime du CNDD dans le sens du poil. Faut-il le rappeler, les manifestations du 28 septembre 2009, c’est de son crû. Malgré tout, le président intérimaire, le général Sékouba Konaté, a préféré cocher son nom sur la liste des prétendants, faisant du même coup le deuil des prétentions d’une très respectable dame, en l’occurrence l’irréprochable Hadja Rabiatou Sérah Diallo, qui a tout aussi un caractère en acier trempé. Elle s’en est sortie néanmoins avec le poste de vice-Premier ministre. Du temps de Lansana Conté, un de ses principaux faits d’armes c’est d’avoir réussi à paralyser tout le pays par des grèves générales en 2007. Pourquoi diantre, l’énigmatique général a-t-il, malgré tout, jeté son dévolu sur le septuagénaire (il est né en 1939) originaire de la Guinée forestière ? Pour beaucoup d’observateurs de la scène politique cependant, la réponse n’est pas loin. Elle se trouve justement dans la question. Dans ce remuant pays depuis le « NON » de Sékou craché à la figure d’un général (Charles de Gaulle) divinisé par bien d’Africains de l’époque, la donne régionale et ethnique est très importante. C’est connu, Moussa Dadis Camara est originaire de la Guinée forestière. Et à moins de vouloir cacher sa face dans le touffu feuillage de cette forêt pour nier la réalité, il faut reconnaître que sa mise à l’écart a créé une certaine nervosité chez les originaires de cette région. C’est vrai qu’à l’épreuve de la gestion du pouvoir, il est difficile de satisfaire tout le monde. Cependant, à situation précaire, décisions contestables en temps normal. Alors, la thérapie du président intérimaire, Sékouba Konaté, alias le Tigre pour ceux qui l’adulent, pourrait être cette pilule Doré, cet ancien haut fonctionnaire du Bureau international du travail (BIT), pour calmer l’opposition et surtout les pro-Dadis. Mieux, le politicien qui a blanchi sous le harnais est un acteur réputé habile, et ce n’est pas pour rien que 74 partis politiques estiment avec lui que la transition doit être politique, donc pilotée par un homme expérimenté. Aujourd’hui, visiblement, il y a une grande éclaircie dans le ciel guinéen. Certes, ce n’est pas totalement l’embellie, puisque les pro-Dadis et les Pro-Sékouba donnent souvent de la voix. Les premiers faisant du retour de l’homme du 23 décembre 2008 une condition sine qua non du retour de la paix, et les seconds arguant qu’il est préférable que l’hôte de Blaise Compaoré reste encore à Ouagadougou, le temps que les uns et les autres reviennent à de meilleurs sentiments. Espérons que la nomination d’un chef du gouvernement de transition parviendra à décrisper la situation. Dans la capitale du Burkina Faso, l’on peut tout reprocher à Dadis sauf de dire qu’il n’a pas joué sa partition, notamment à travers ses apparitions publiques et son discours à la nation guinéenne, prononcé le 17 janvier dernier. Sa sortie s’est révélée salutaire, même si l’homme est touché physiquement et affaibli mentalement. Mais ne dit-on pas que plus le martyre a souffert, mieux il est adoré ? La démarche ainsi que l’élocution avec la séance ardue de lecture de son texte, qui frisait la torture, en disaient long sur l’acte commis sur sa personne par celui qui était - Oh ironie du sort ! - chargé de sa sécurité. Si fait que le souhait de tous serait qu’on laisse maintenant le rescapé du 3-Décembre en paix afin qu’il puisse s’occuper de sa santé. Trois apparitions, c’est largement suffisant. Espérons que l’on ne va pas continuer à l’exhiber comme un trophée. Au nom de Dieu, laissons donc Dadis tranquille ! Issa K. Barry lobservateur lomecite.com
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