Depuis plus de dix ans, texte après texte, les lois durcissent l’accès des étrangers à notre territoire. Un tel acharnement, souvent porteur sur le plan électoral, renforce chaque fois un peu plus la perception de menace que représente l’étranger ....
Un sentiment qui ne date pas d’hier mais s’est singulièrement renforcé dans notre société tout au long de ces dernières années. Après avoir été accueillis en grand nombre par des employeurs pourvoyeurs de main d’œuvre à bon marché, ils sont devenus une menace, avec le développement de la crise économique née du premier choc pétrolier, puis d’une économie aujourd’hui mondialisée. Désormais, tout ce qui nous est étranger nous inquiète.
Face à l’éclatement des frontières de notre vieille Europe, au développement extraordinaire des voies de communication, mais aussi à l’accroissement du fossé entre les plus riches et les plus pauvres, quelle place et quel accueil sommes-nous prêts à faire à ces hommes, femmes et enfants, venus d’autres continents, mais aussi de pays voisins.
Nous ne sommes pas naïfs : tout État de droit doit protéger ses frontières et lutter en particulier contre les réseaux qui organisent le passage des étrangers. Dans le même temps, le regroupement familial doit être lui-même encadré.
Cependant, le projet de loi adopté ces jours-ci par l’Assemblée Nationale, introduit des exigences quasi impossibles à atteindre pour les personnes concernées.
Croire que les migrants quittent leur pays de gaieté de cœur, c'est méconnaître la réalité des pays en guerre ou en situation de sous-développement chronique, d’où ils viennent.
Tous les jours, des hommes, femmes, enfants, meurent aux portes de l'Europe. Les frontières marocaines furent un temps notre rempart face à ceux prêts à se jeter sur les barbelés des enclaves de Ceuta et Melilla. Plus prêt de nous encore, à Calais, Cherbourg, Dunkerque les « candidats » vers l'Angleterre risquent leur vie toutes les nuits pour passer la Manche.
Enfin, le drame récent de trois jeunes sœurs tchétchènes retrouvées mortes d'épuisement dans les montagnes polonaises, résonne comme une dramatique interpellation de nos sociétés tentées par un protectionnisme à terme dérisoire.
Ainsi va ce projet de loi qui réduit, en particulier, à nouveau, les possibilités du regroupement familial. Un choix qui cache mal, en fait, la volonté de durcir l'accueil de l'étranger. A l'heure où les biens et l'argent s'échangent de plus en plus vite et facilement à travers le monde, comment défendre le principe que seuls certains individus ne bénéficieraient pas de cette même facilité de circuler.
« La priorité de la famille sur toute autre communauté et sur la réalité même de l'État », est rappelée dans la doctrine sociale de l'Église .
La cellule familiale permet l'épanouissement des enfants autour d'adultes insérés, nous ne pouvons être en accord avec le contenu d’un tel projet de loi. La famille est porteuse de richesses culturelles, sociales, économiques. Avec leurs devoirs, mais aussi leurs droits, ces familles doivent aussi pouvoir être actrices de l'avenir de nos sociétés.
Enfin, pour ce point du projet de loi comme pour d’autres, les durcissements successifs mis en place risquent bien d’encourager l’immigration clandestine. Ils auront un impact certain sur l’accroissement du nombre de sans-papiers, victimes toute désignées de trafics divers et d’un marché de l’emploi parallèle, condamnés à survivre cachés.
Les personnes étrangères que le Secours Catholique accompagnent témoignent trop souvent d'une histoire tragique où la seule alternative a été de fuir des conditions misérables avec l'aspiration humaine et légitime de permettre à leurs proches de construire une vie digne, dans un environnement sûr. Sans naïveté, mais aussi sans crainte et avec conviction, il nous appartient de tout mettre en œuvre, en France et dans leur propre pays, pour les y aider.
Pierre LEVENÉ