Jacob Zuma, un populiste de gauche vient de remporter son duel à la tête du Congrès National Africain (ANC) au pouvoir en Afrique du Sud et se place dans la perspective des élections présidentielles prévues en 2009.
Cette victoire a créé un véritable climat d’incertitude au sujet des choix politiques et économiques que Zuma mettra en oeuvre après le départ de Thabo Mbeki.
L’ANC domine la scène politique en Afrique du Sud et Zuma est presque assuré de devenir le prochain président de la République lorsque Mbeki, son rival vaincu au sein du parti au pouvoir quittera le pouvoir en 2009.
Le triomphe de Zuma soulève la question de savoir si Mbeki va devenir un président diminué, obligé de renoncer à certaines de ses capacités de prise de décision, tout simplement parce que les deux personnalités les plus puissantes du système vont se comporter comme des rivaux, alors qu’ils avaient combattu ensemble le système de l’apartheid.
En plus de cette incertitude, Zuma pourrait tomber à nouveau sous le coup de poursuites judiciaires pour corruption dans une affaire d’achat d’armes, avec la possibilité de le voir condamné et jeté en prison, avant même d’avoir accédé à la tête de l’Etat sud-africain.
"Nous estimons par anticipation que ce conflit pourrait prendre une nouvelle tournure au cours des deux prochaines années. Si Jacob Zuma est poursuivi pour ce présumé cas de corruption", a déclaré à Polokwane, l’analyste politique, Adam Habib.
Selon les hauts responsables de l’ANC, l’élection de Zuma a peu de chance d’apporter des changements majeurs dans la politique économique du pays. "Pour le moment, il n’y a pas de différence idéologique. La politique est intacte et bien en place", a déclaré le nouveau vice président élu de l’ANC et partisan de Zuma, Kgalema Motlanthe.
Certains analystes ont par ailleurs évoqué la possibilité de voir Zuma orienter l’économie du pays vers la gauche, malgré ses tentatives de rassurer les investisseurs.
Mbeki avait une politique tournée vers les affaires et avait concentré ses efforts sur la relance de l’économie du contient africain.
L’économie avait alors enregistré sa plus longue période de croissance au cours des neuf dernières années et Mbeki était crédité d’une bonne politique dans la coordination des efforts pour ramener la paix dans certaines zones ravagées du continent.
La réaction du marché à l’élection de Zuma a été mise en sourdine. La monnaie locale, le rand, s’échangeait à 6.9 unités contre le dollar américain, deux heures après l’annonce des résultats.
“Il s’agit maintenant de s’appesantir davantage sur la vision de Zuma pour son pays et sur les proches conseillers politiques et économiques qu’il pourrait choisir", a indiqué Jeff Gable, le chercheur en chef de la firme Absa Capital, une des plus importantes institutions bancaires et de services d’Afrique du Sud.
Certains investisseurs s’inquiètent du fait que Zuma pourrait modifier sa politique en faveur de ses alliés les plus proches, ceux des syndicats et du parti communiste, qui avaient dénoncé la politique pro libérale de Mbeki.
La puissante centrale syndicale du pays, la COSATU a appelé le gouvernement à desserrer sa politique monétaire et à accroître les dépenses publiques pour permettre à des millions de pauvres et de sans emplois de bénéficier des retombées de la croissance économique.
Mais de l’avis du nouveau vice président élu de l’ANC, M. Kgalema Motlanthe, le parti n’a aucune dette envers les syndicats. "Il n’ y a pas de place pour une politique de remboursement et nous ne changerons pas nos options fondamentales", a-t-il conclu.