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| A. CESAIRE |
Le chantre de la négritude s'est éteint. Le poète martiniquais Aimé Césaire, âgé de 94 ans, est décédé jeudi matin au CHU de Fort-de-France (Martinique), où il était hospitalisé depuis le 9 avril.
Dans un communiqué diffusé peu après l'annonce de sa disparition, Nicolas Sarkozy a fait part du deuil de "toute la nation française". Le Président a salué un "esprit libre et indépendant" et prédit qu'il resterait "un symbole d'espoir pour tous les peuples opprimés". Le président de la République se rendra en Martinique pour assister à son enterrement.
Des obsèques nationales préparées en étroite concertation avec la famille, les élus martiniquais ainsi que l'Élysée auront lieu dimanche en Martinique au terme de trois jours d'hommages au poète décédé jeudi, a annoncé le Parti populaire martiniquais, fondé par Aimé Césaire . Un grand rassemblement aura lieu dimanche au stade de Dillon, à Fort-de-France. Dès jeudi soir, une veillée familiale se tiendra au domicile d'Aimé Césaire . Le cortège transportant sa dépouille mortelle circulera le lendemain à partir de 15 h 30 à travers la ville de Fort-de-France pour un premier hommage populaire. L'arrivée du cortège est prévue vendredi vers 18 heures heure locale au stade de Dillon, où une grande veillée populaire est prévue jusqu'à dimanche 11 heures, avant les cérémonies en présence des personnalités. Le corps d'Aimé Césaire sera porté en terre dans l'après-midi. À la demande de la famille, il n'y aura pas de cérémonie religieuse.
Veillée parisienne, samedi, place de la Sorbonne
Une veillée d'hommage sera organisée samedi, place de la Sorbonne dans le 10e arrondissement de Paris, là "où naquit le concept de négritude". Cette veillée, qui sera organisée autour de la musique et de la lecture d'oeuvres du poète, se tiendra à partir de 18 heures, en présence de "plusieurs ministres", a annoncé vendredi Patrick Karam, délégué interministériel pour l'égalité des chances des Français de l'outre-mer.
Plusieurs voix du monde politique, parmi lesquelles celle de Ségolène Royal, se sont élevées jeudi pour demander l'entrée au Panthéon d'Aimé Césaire. Pour la ministre de la Culture Christine Albanel, il s'agit d'une "décision, évidemment, qui doit être prise au plus haut niveau". "Mais il est vrai qu'Aimé Césaire aurait certainement sa place au Panthéon, qui rend hommage aux grands hommes qui ont servi notre patrie, et sa patrie c'était la France et c'était la Martinique", a-t-elle estimé sur France-Info.
Nécropole républicaine rendant hommage aux écrivains, scientifiques, ou hommes politiques ayant fait l'histoire de France, le Panthéon abrite dans sa crypte les tombeaux de plus de 70 personnages depuis Voltaire ou Alexandre Dumas.
Il fut de tous les combats contre le colonialisme et le racisme
Aimé Césaire fut, avec le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Guyanais Léon-Gontran Damas, l'un des chantres du courant de la négritude. L'auteur du Cahier d'un retour au pays natal avait consacré sa vie à la poésie et à la politique. Principale figure des Antilles françaises, il fut depuis les années 1930 de tous les combats contre le colonialisme et le racisme. Les Martiniquais attendaient ces derniers jours avec sérénité et dans la discrétion l'évolution de l'état de santé d'Aimé Césaire, notamment à Fort-de-France, la ville dont il fut le maire pendant 56 ans, de 1945 à 2001.
Le président Nicolas Sarkozy avait salué le 26 juin dernier en Aimé Césaire le poète et homme d'action, "porteur d'un message de paix, de tolérance et d'ouverture", à l'occasion du 94e anniversaire de l'écrivain, dans une lettre rendue publique par l'Élysée. Après avoir refusé de rencontrer M. Sarkozy lors d'un voyage prévu, puis annulé, aux Antilles en 2005, le poète martiniquais avait finalement reçu en mars 2006 celui qui était alors ministre de l'Intérieur.
Le Point.fr