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| République Togolaise en image |
Le Togo ne tient plus, visiblement, qu’à un fil. Un pays à l’abandon – il n’y a pas d’autres mots – où tout, “de la présidence à la rue”, est fiction.
Le pouvoir n’existe que de nom, tiraillé entre la rapacité matérielle et l’insouciance maladive de ceux qui le régentent. La logique voudrait que, les Gnassingbés et autres infâmes coquins du “club des mille et un cadavres”, retroussent les manches et travaillent avec ardeur dans l’espoir de redorer leur blason
C’est mal les connaître; ils s’installent dans leurs records, les pires qu’on peut imaginer. La conséquence, très douloureuse pour les togolais, ont des noms dont on peut faire le listage à loisir: insécurité, précarité, informel, misère, mort.
Que cela provienne d’une malédiction divine, d’un dénuement chronique ou d’une carence coupable, il n’y a rien de très honorable que les cinq millions d’âmes continuent de subir, à travers les générations, la petite famille Gnassingbé qu’ils traînent comme un boulet aux pieds.
Pourtant, depuis quelques temps, la nature fait de grands signes aux togolais, les invitant avec insistance à se lever, comme un seul homme, pour briser les verroux et occuper leur espace de liberté et de dignité sur le continent africain: les récentes inondations, la cascade de rupture des ponts et la molesse du pouvoir face à la catastrophe ne sont pas fortuites. Tout.
Vraiment tout travaille contre ce régime. Il suffit, aux hommes et femmes originaires de ce maudit de bled, de faire, chacun à sa place, leur part dans ce qui s’apparente à un processus naturel d’effondrement du système.
L’imagination du RPT au travail
Les togolais sont coutumiers de la capacité du RPT à torturer la vérité. C’est pourquoi ils n’ont nullement été surpris de la dernière ingéniosité que le parti au pouvoir a déployée dans l’affaire du décès de Atsutsè kokouvi Agbobli.
Pour le corps d’un leader politique trouvé au petit matin à la plage, ces gens n’ont pas jugé utile de prendre leur calme pour trouver quelque chose de décent et cohérent à dire aux togolais.
Le ministre en charge de la protection civile des citoyens a cru normal d’annoncer dans une précipitation suspecte, sur la chaîne de propagande du club que le président du MODENA était mort de noyade. Sans aucune enquête, sans aucune autopsie et sans aucune forme de respect, ni pour la famille du défunt, ni pour le peuple.
Le Ministre a oublié justement ce que ses compatriotes, eux, n’ont pas et ne sont pas près d’oublier: Il y a beaucoup de togolais qui ont disparu et dont les corps ont été retrouvés à la plage, dans les conditions presqu’identiques à celle de Mr Agbobli.
L’année dernière, Mr Lawson Charles (Fo-La), ingénieur des PTT à la retraite, conseiller du palais pour le Chef Lawson Zankli VIII d’Aného, avait fini sa vie à la plage de ladite ville, retrouvé nu et à moitié enfoui dans le sable.
On se souvient que c’est ce conseiller qui servait de porte-parole du trône auprès des médias lorsqu’en 2005, miliciens du RPT et éléments des forces armées étaient allés profaner la cour avec insoupçonnable voie de fait sur la personnalité sacrée qu’est le Chef Zangli.
A ce jour, comme de coutume, aucune enquête n’a été conduite par les autorités légales du pays pour élucider cette affaire.
Sous d’autres cieux, la plage sablonneuse est une richesse. Les 45 kilomètres de littoral, au Togo, sont curieusement devenus, depuis 1990, le cimetière de ceux qui ont maille à partir avec le régime.
C’est le triste constat que fait la population qui ne va pas chercher trop loin les responsables de la mort de Mr Agbobli. Le régime a tellement transforme des assassinats d’adversaires politiques en suicides qu’on ne peut donc pas incriminer les gens de suspecter la main des tueurs habituels derrière ces découvertes macabres de la plage.
Les togolais sont dans leur légitime droit de s’interroger pourquoi le régime, s’il n’est pas fondé sur des bases tribalo-ethniques et sanguinaires, ne fait jamais éclater la vérité sur ces disparutions bizarres au sein d’une certaine catégorie de citoyens.
Les togolais se rendent à la l’évidence qu’à chaque fois, le champ d’investigation sur ces cadavres de la plage commence et se termine au studio de la télévision nationale, avec de laconiques communiqués.
Après, plus rien: dossier classé. Jusqu’ à quand les togolais, grands et petits, vont continuer à mourir, corps mutilés et dévêtis, à la plage sans qu’on sache de quoi ils sont morts? Les Organisations togolaises des Droits de l’homme indiquent avoir enregistré par le passé des situations où les familles des victimes, sous menaces des bourreaux, sont contraintes au silence et même empêchées de pleurer leurs morts.
Est-ce le cas chez les Agboblis? Leur silence intrigue plus d’un? Avec ou sans eux, le peuple peut maintenir la pression et demander à ses gouvernants(?) non seulement la vérité, toute la vérité sur la mort tragique du leader politique Atsutsè, mais d’exiger d’eux que tout soit mis en œuvre pour que les vies humaines soient enfin sacralisées au Togo.
Une question au Président Faure Gnassingbé, au Procureur de la République, Robert Bawoubadi Bakaï et au Médecin Légiste, Napo Koura: S’il est vrai que le pouvoir(le vôtre) est sûr de n’avoir rien à se reprocher dans le décès du compatriote Agbobli, pourquoi, pour couper court à tout soupçon et répondre aux diverses interpellations des togolais, n’a t-il pas fait appel à des légistes étrangers mieux équipés pour conduire de façon transparente cette autopsie?
Face à cette question, il ne surprendra personne que les primitifs que regorge à gogo le RPT, répondent par la phrase sacrée qu’ils ont toujours à la bouche: “le Togo est un pays souverain”.
Notre fameux médecin(?), lui, savait que le Togo n’est pas techniquement outillée pour ce genre d’opération mais a accepté de la mener.
Un professeur de type “oui monsieur”? Et avant même d’avoir le résultat de ses prélèvements qu’il promet d’envoyer en Europe, il exclut d’emblée la thèse de l’assassinat. Vive la médecine de bricolage. Vive le pro-fesseur. Mort au peuple.
Quelle que soit l’issue des enquêtes promises (suicide ou assassinat?), on peut dire ici que le soi-disant processus pour la mise en place d’une Commission Vérité-Justice-Réconciliation vient de prendre un coup sérieux qu’il sera difficile de réparer dans les esprits.
Nombre de togolais étaient déjà critiques et sceptiques vis-à-vis de ce processus, à leurs yeux, sans effet sans une repentance publique et sincère des bourreaux.
Faure et les épreuves du pouvoir.
Dues au caractère illicite de son pouvoir, les épreuves qu’affronte Faure grattent le ciel. Il aura certainement appris à ses dépens que ne devient pas président d’un pays quiconque le veut. Dire “au nom de mon nom, je suis président” est une chose, la réalité de l’exercice de ce pouvoir en est une autre.
Après sa cuisante expérience des trois dernières années, il ne lui reste qu’à tirer les dernières conclusions et profiter de l’ouverture en or que lui offre 2010 pour rendre les clefs.
De sources dignes de foi, on apprend que des diplomates occidentaux à Lomé expriment, en privé, leur scepticisme sur une quelconque capacité de l’actuel Chef de l’Etat à relever le Togo.
L’inquiétude, dans les mêmes milieux, est grandissante au sujet de la rivalité entre lui et son frère Kpatcha.
Le militariste aux instincts vindicatifs disposerait d’une autorité sur une bonne partie de l’armée. On parle même de deux containers d’armes lourdes dont Kpatcha serait le destinataire et qui auraient accosté au port de Lomé.
Une bonne partie de cette cargaison aurait pu quitter le port pour une destination inconnue, avant que les hommes de Faure ne mettent la main sur le reste. Qui peut dire que le Togo n’est pas une grande surface de poudre?
Il apparaît, au fil des jours, que seul le retrait de l’actuel président et de son parti le RPT, de la scène peut être salutaire pour le Togo.
Tous les observateurs s’accordent pour dire qu’avec eux, le pays continuera d’avoir un problème de transition, étape sans laquelle il ne pourra pas se discipliner constitutionnellement, se stabiliser, et faire son entrée en démocratie.
Faure ne dirige pas le Togo ;il l’abîme.
Tellement, les réparations à faire après lui sont délicates et périlleuses que le prochain président de la République doit être un président de transition, légalement élu bien entendu. Cela sous-entend, ici aussi, que n’est pas qualifié à postuler à ce rôle quiconque le veut.
Vue sous cet angle, la situation impose aux togolais une nécessité absolue de faire une approche de 2010 avec un esprit de sagesse et de discernement .
Maintenant, il ne leur reste qu’à se mettre ensemble et tenir fermes, pour arracher des conditions favorables à cette échéance. Le pourront-ils? C’est une autre paire de manches et rien n’est moins sûr.
Ce qu’on peut par contre, sans être devin, affirmer et que l’opinion sait avec certitude, c’est que le Togo ira d’errements en errements et pourra sombrer dans un chao total si cette forme démentielle que prend chez les gnassingbés, l’avidité du pouvoir ne connaît pas un coup d’arrêt dans un avenir très proche.
Avec ou contre leur gré.
Kodjo Epou
Oakdale, USA