Rien ne sert de courir, il faut partir à point, dit-t-on, et dans le cas précis, il faut accepter de prendre en compte les propositions et critiques des autres. Tel ne semble pas être le cas chez certains de nos leaders de partis et leurs militants. Le temps presse. Au lieu d'aller vite a l'essentiel, on perd le temps a coller des étiquettes de traître a tout ce qui bouge. Un des faits les plus marquants de la dictature du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) est le rejet de tout débat démocratique et l'imposition au peuple togolais tout entier de la mentalité unique.
Pendant longtemps et jusqu'a ces dernières années, le parti au pouvoir ne pouvait supporter aucune sorte de débat démocratique ou de contradiction. Chaque fois qu'une personne ou une autre force contredisait le RPT ou disait le contraire de ce que pensent ses pontes, cette personne est cataloguée, poursuivie et souvent assassiné ou jetée en prison. Au RPT, sous le Général Eyadema, c'est avec les armes que l'on répondait aux contradictions ou à la manifestation de quelque opposition que ce soit.. Exprimez vous différemment du RPT et les militaires ou des miliciens iront vous régler votre compte. Ce genre de politique a coûté la vie à nombre de nos compatriotes, notamment, Marc Atidépé, Tavio Amorin. Il a fait disparaître des gens comme Bruce. Il a blessé ou mutilé des personnalités comme Gilchrist Olympio et une multitude de Togolais anonymes.
La philosophie qui sous tend cette attitude est le refus de la discussion politique et surtout de tout vrai débat politique objectif et de toute contradiction. La stratégie avait été par le passé l'apanage du régime dictatorial. Elle se manifeste au niveau de l’opposition démocratique depuis la période des revendications démocratiques et semble être devenue depuis la méthode utilisée par certains partis.
Certes, ces partis et personnalités politiques dont certains de l'opposition- et non des moindres- n’ont pas encore les moyens dont dispose le RPT pour la mise en œuvre
de sa politique de pensée unique. Il n’en demeure pas moins que leur comportement s'apparente de plus en plus à une sorte de dictature intellectuelle et d'imposition
d'une pensée unique au sein de l'opposition togolaise. Bien sûr, les partis et personnalités en question n'ont pas encore des armes à feu pour aller faire la peau à quiconque les critique. Ils utilisent alors toutes les méthodes pour faire taire toute voie divergente dont la plus importante est d'essayer de définir toute personne qui les critique ou les contredit comme un membre du RPT ou un "vendu" au régime RPT ou encore un membre des forces rétrogrades.
En cela, les usagers de cette politique sale se servent des faiblesses du peuple togolais et de tout ce qui permet de mener la masse par le bout du nez. Puisque les Togolais aiment et consomment sans modération la rumeur ; comme ils ont vécu dans un régime de corruption et d’achat des consciences et que tout ce qui semble avoir été touché par les sous de la dictature est considéré comme souillé, alors les manipulateurs de tout genre n’hésitent pas à se servir de rumeurs portant des accusations de corruption pour détruire toute personne qui leur tient la dragée haute ou qui conteste leur suprématie. Quand quelqu’un vous conteste ou vous met en difficulté par ses critiques, il suffit d’inventer une rumeur de corruption le concernant, de lui trouver une relation avec la dictature ou de jeter contre lui quelques accusations « d’achat par la dictature » pour que vous sortiez d’affaires, que les critiques qu’il porte contre vous soient oubliées et que cette personne soit jetée en pâture aux loups ou vouée aux gémonies. Beaucoup sont devenus de vrais spécialistes de cette stratégie abjecte qui tend à couper court à tout débat politique et à éviter les vraies questions politiques pour s’occuper de futilités.
François Anani KOUEVI
New York, USA